Comprendre la parodontite : reconnaître les signes et savoir comment on la diagnostique
La parodontite compte parmi les maladies chroniques les plus répandues, et parmi les moins remarquées. Elle avance sans douleur, et ses premiers signes passent pour de simples gencives irritées : un saignement au brossage, puis, bien plus tard, un déchaussement dentaire. Cet article explique comment la distinguer d'une gingivite, quels signes et quels facteurs de risque doivent alerter, ce que recouvre le mot « déchaussement » et comment se pose le diagnostic.
En bref
- La gingivite est une inflammation réversible de la gencive ; la parodontite détruit l'attache et l'os qui soutiennent les dents, ce que les patients nomment souvent déchaussement dentaire.
- La maladie est souvent silencieuse : aucune douleur, un saignement masqué chez les fumeurs, une évolution lente sur des années.
- Tabac, diabète mal équilibré et prédisposition familiale sont des facteurs de risque bien documentés ; l'association avec le stress est moins nette.
- La parodontite sévère concerne environ une personne sur dix dans le monde.
- Seul un examen parodontal complet, clinique et radiographique, pose le diagnostic, le classe en stade et en grade et permet de choisir un traitement.
Sommaire9 parties
- Gingivite ou parodontite : où passe la frontière ?
- La gingivite se soigne
- Pourquoi la maladie passe-t-elle inaperçue ?
- Les signes qui doivent alerter
- Le déchaussement dentaire : ce que ce mot recouvre
- Les facteurs de risque
- Combien de personnes sont concernées ?
- Faire le point soi-même : quelques questions
- Comment le diagnostic est-il posé ?
Gingivite ou parodontite : où passe la frontière ?
Tout part de la plaque dentaire, un film de bactéries organisé (un biofilm) qui se reforme sans relâche à la surface des dents. Quand elle s'accumule le long de la gencive, l'organisme répond par une inflammation : c'est la gingivite. La gencive rougit, gonfle et saigne au moindre contact. À ce stade, rien n'est perdu : dès que la plaque est éliminée régulièrement, la gencive retrouve sa santé.
Le consensus international de 2018 fait de la gingivite un facteur de risque majeur et un préalable nécessaire à la parodontite [1]. Toutes les gingivites n'évoluent pas vers une parodontite, mais traiter la gingivite est considéré comme une prévention primaire de la parodontite.
On parle de parodontite quand l'inflammation a détruit une partie de l'attache : d'abord les fibres qui relient la racine à l'os, puis l'os lui-même. Une poche se creuse entre la gencive et la racine ; la plaque qui s'y loge échappe désormais au brossage. Cette perte d'attache et d'os définit la parodontite dans la classification internationale de 2018 [2] ; ce qui est perdu ne revient pas de lui-même.
La gingivite se soigne
La gingivite est le seul stade entièrement réversible. Un nettoyage professionnel retire plaque et tartre ; puis un brossage adapté et un passage quotidien entre les dents rendent à la gencive, en quelques semaines, sa fermeté et sa couleur rose. Le saignement reste l'indicateur le plus fiable : quand il cesse, l'inflammation a cédé.
Si le saignement persiste malgré une hygiène soigneuse, un bilan parodontal vérifie qu'il ne s'agit pas déjà d'une parodontite. Voir aussi : gingivite : symptômes et traitement.
Pourquoi la maladie passe-t-elle inaperçue ?
Plusieurs raisons expliquent qu'une parodontite soit si souvent découverte tard :
- Elle fait rarement mal. L'inflammation chronique de la gencive est peu douloureuse, sauf en cas d'abcès.
- Le saignement est banalisé. Beaucoup de personnes jugent normal que les gencives saignent un peu au brossage.
- Le tabac masque les signes. Il réduit la circulation sanguine dans la gencive, qui saigne moins malgré la maladie.
- Elle évolue lentement, souvent par poussées, et les dents restent fixes jusqu'à un stade avancé.
- Elle atteint d'abord des zones peu visibles : entre les dents et au fond de la bouche.
La revue de référence sur le fardeau mondial de la maladie a observé une forte hausse de la prévalence de la parodontite sévère entre la troisième et la quatrième décennie, avec un pic d'apparition vers 38 ans [3]. C'est donc souvent chez l'adulte qui ne ressent encore rien qu'un dépistage est le plus utile.
Les signes qui doivent alerter
« Mes gencives saignent quand je me brosse les dents » est le motif de consultation le plus fréquent, et le plus souvent minimisé. Une gencive saine ne saigne pas, même sous un brossage énergique ou au passage du fil. Les signes suivants, isolés ou associés, doivent conduire à un examen :
- gencives qui saignent au brossage, au passage du fil ou des brossettes, ou spontanément ;
- gencives rouges, gonflées, sensibles ;
- mauvaise haleine ou mauvais goût qui persistent ;
- gencive qui recule, dents qui paraissent plus longues : ce que l'on appelle couramment le déchaussement dentaire ;
- sensibilité au froid au collet des dents ;
- espaces qui s'ouvrent entre les dents, dents qui se déplacent ou s'avancent ;
- dents qui bougent, impression que l'articulé a changé ;
- abcès de la gencive : gonflement localisé, parfois avec du pus.
Aucun de ces signes ne distingue à lui seul une gingivite d'une parodontite. Leur persistance au-delà de deux semaines, malgré un brossage soigneux, justifie un examen.
Le déchaussement dentaire : ce que ce mot recouvre
Les patients parlent de déchaussement dentaire quand la gencive descend le long des racines, que les dents semblent plus longues, que des espaces noirs s'ouvrent entre elles ou qu'une dent se met à bouger. Le terme médical est récession gingivale pour le recul de la gencive, et perte d'attache quand l'os et les fibres de soutien ont disparu. Dans la parodontite, les deux vont souvent de pair : l'os se résorbe, la gencive qui le recouvrait suit, et la racine se découvre.
Tout déchaussement n'est pourtant pas une parodontite. Une gencive peut reculer sur une dent saine, sous un brossage trop appuyé, par finesse naturelle ou parce que la dent est mal positionnée, sans inflammation ni poche. Seul l'examen tranche, et la conduite à tenir diffère : traiter l'infection dans un cas, protéger ou recouvrir la racine dans l'autre. Les récessions isolées et leur traitement par greffe de gencive ont leur propre page.
Un point mérite d'être souligné : la gencive qui se rétracte au cours d'un traitement de parodontite n'est pas une aggravation. Quand l'inflammation cède, la gencive gonflée dégonfle et vient s'appliquer sur un os déjà réduit ; les dents paraissent plus longues, mais elles sont mieux tenues. C'est le signe d'une guérison, non d'un déchaussement qui progresse.
Les facteurs de risque
La plaque est nécessaire à la maladie, mais elle n'explique pas, seule, pourquoi certaines personnes perdent leurs dents et d'autres non. La réponse de l'organisme, modulée par plusieurs facteurs, joue un rôle décisif.
Le tabac. Une méta-analyse d'études de suivi estime que le tabagisme augmente d'environ 85 % le risque d'apparition ou d'aggravation de la parodontite (risque relatif 1,85) [6]. C'est une association observée, mais solide, cohérente d'une étude à l'autre et étayée par des mécanismes connus (vasoconstriction, altération de la réponse immunitaire et de la cicatrisation). Le tabac est aussi l'un des deux principaux facteurs de risque cités par l'Organisation mondiale de la santé, avec une mauvaise hygiène bucco-dentaire [5].
Le diabète. En 2018, la Fédération européenne de parodontologie et la Fédération internationale du diabète ont publié un consensus commun sur les liens entre les deux maladies [7]. Il décrit une relation à double sens : un diabète mal équilibré est associé à une parodontite plus fréquente et plus sévère, tandis qu'une parodontite non traitée est associée à un moins bon contrôle de la glycémie. Lorsque le diabète est bien équilibré, le risque parodontal se rapproche de celui de la population générale. Mécanismes, chiffres et effet du traitement parodontal sur la glycémie sont développés dans l'article Diabète et parodontite.
La génétique. Une étude de jumeaux ancienne mais souvent citée a estimé qu'environ la moitié de la variabilité de la parodontite de l'adulte dans la population était d'origine génétique, même une fois le tabac pris en compte [8]. Aucun test génétique n'est aujourd'hui utile en pratique courante ; en revanche, des antécédents familiaux de perte précoce des dents sont un bon motif de dépistage.
Le stress et les troubles émotionnels. Une méta-analyse de 2021 retrouve une association entre parodontite et dépression ou anxiété [9]. Les données reposent surtout sur des études cas-témoins, parfois contradictoires, et la relation pourrait jouer dans les deux sens. On ne peut donc pas conclure que le stress cause la parodontite : c'est une association, dont les mécanismes (hormones du stress, hygiène négligée, tabac) restent à préciser.
D'autres éléments pèsent : l'âge, certaines maladies ou traitements qui affaiblissent l'immunité, une hygiène insuffisante, des restaurations débordantes ou des dents mal alignées qui retiennent la plaque.
Combien de personnes sont concernées ?
L'Organisation mondiale de la santé estime que les maladies parodontales sévères représentent plus d'un milliard de cas dans le monde [5]. Selon la revue systématique de Kassebaum et coll., la parodontite sévère touchait 10,8 % de la population mondiale en 2010, soit environ 743 millions de personnes, ce qui en faisait la sixième affection la plus fréquente [3].
Aux États-Unis, l'enquête nationale de santé 2009–2010, fondée sur un examen complet de la bouche, a retrouvé une parodontite chez plus de 47 % des adultes de 30 ans et plus (8,5 % sous forme sévère), et une forme modérée ou sévère chez 64 % des plus de 65 ans [4]. Ces chiffres varient avec les définitions et les méthodes d'examen, mais tous les travaux convergent : la maladie est fréquente et progresse avec l'âge.
Faire le point soi-même : quelques questions
Ces questions ne remplacent pas un examen, mais elles aident à savoir s'il est temps d'en demander un :
| Question | Si la réponse est oui |
|---|---|
| Vos gencives saignent-elles régulièrement au brossage ? | Signe d'inflammation, à faire évaluer |
| Avez-vous l'impression que vos dents s'allongent ou se déplacent ? | Perte de support possible |
| Une dent bouge-t-elle ? | Examen recommandé sans tarder |
| Fumez-vous, ou avez-vous un diabète ? | Risque accru : dépistage utile même sans symptôme |
| Un parent proche a-t-il perdu ses dents avant 60 ans ? | Prédisposition possible |
| Votre dernier examen des gencives remonte-t-il à plus d'un an ? | Un contrôle est raisonnable |
Une seule réponse positive suffit à justifier un contrôle. L'absence de réponse positive n'écarte pas la maladie, surtout chez les fumeurs, dont les gencives saignent peu.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic repose sur deux examens simples, indolores dans la grande majorité des cas.
L'examen de la gencive. On relève le saignement, la plaque, la mobilité des dents et l'atteinte entre les racines des molaires.
Les radiographies. Elles montrent la hauteur de l'os autour des racines et la forme de la perte osseuse, horizontale ou en cratère.
L'examen clinique et les radiographies confirment ou écartent une parodontite, puis la décrivent selon la classification de 2018 [2]. Le stade (I à IV) traduit la sévérité et la complexité : au stade I, la perte d'os se limite à la partie haute de la racine ; au stade IV, des dents ont déjà été perdues à cause de la maladie et la mastication est perturbée. Le grade (A à C) traduit la vitesse d'évolution, lente, modérée ou rapide, en tenant compte du tabac et du diabète [10]. Ce classement n'est pas une simple étiquette : il règle l'intensité du traitement et le rythme du suivi. Ses conséquences pratiques et les étapes du traitement sont expliquées sur la page Comment se soigne une parodontite ; le suivi dans la durée, sur la page Maintenance parodontale.
Au cabinet du Docteur Hazout, à Levallois-Perret, ce bilan est réalisé dès la première consultation, avec les radiographies nécessaires ; son déroulement et les documents à apporter sont décrits sur la page Première consultation.
Questions fréquentes
Peut-on avoir une parodontite sans saignement ?
Oui, notamment chez les fumeurs, dont la gencive saigne moins, ou dans des zones peu inflammatoires. C'est pourquoi un examen parodontal complet est indispensable.
À partir de quel âge faut-il se faire dépister ?
Il n'existe pas d'âge minimal strict. Les formes sévères apparaissent souvent entre 30 et 40 ans ; un examen des gencives devrait faire partie de chaque contrôle dentaire chez l'adulte, et plus tôt en cas d'antécédents familiaux, de tabac ou de diabète.
Mes parents ont perdu leurs dents : suis-je condamné à faire de même ?
Non. La prédisposition augmente le risque, mais ne décide pas seule de l'évolution. Un dépistage précoce, une hygiène adaptée et un suivi régulier changent nettement le pronostic.
Déchaussement dentaire et parodontite, est-ce la même chose ?
Pas toujours. Le déchaussement désigne ce que l'on voit : la gencive qui recule et la racine qui se découvre. Il est le plus souvent la conséquence d'une parodontite, mais une gencive peut aussi reculer sur une dent saine, sous un brossage trop appuyé par exemple. L'examen de la gencive et les radiographies permettent de trancher.
La mauvaise haleine signifie-t-elle une parodontite ?
Pas forcément. Elle vient le plus souvent de la langue ou d'une gingivite, plus rarement d'autres causes. Une mauvaise haleine persistante mérite toutefois un examen des gencives.
Sources scientifiques (10)
- Chapple ILC, Mealey BL, Van Dyke TE, et al. Periodontal health and gingival diseases and conditions on an intact and a reduced periodontium: Consensus report of workgroup 1 of the 2017 World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions. J Clin Periodontol. 2018;45 Suppl 20:S68-S77. DOI
- Papapanou PN, Sanz M, et al. Periodontitis: Consensus report of workgroup 2 of the 2017 World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions. J Clin Periodontol. 2018;45 Suppl 20:S162-S170. DOI
- Kassebaum NJ, Bernabé E, Dahiya M, Bhandari B, Murray CJL, Marcenes W. Global burden of severe periodontitis in 1990-2010: a systematic review and meta-regression. J Dent Res. 2014;93(11):1045-1053. PubMed
- Eke PI, Dye BA, Wei L, Thornton-Evans GO, Genco RJ. Prevalence of periodontitis in adults in the United States: 2009 and 2010. J Dent Res. 2012;91(10):914-920. DOI
- Organisation mondiale de la santé. Oral health – Fact sheet (mise à jour du 17 mars 2025). who.int
- Leite FRM, Nascimento GG, Scheutz F, López R. Effect of smoking on periodontitis: a systematic review and meta-regression. Am J Prev Med. 2018;54(6):831-841. PubMed
- Sanz M, Ceriello A, Buysschaert M, et al. Scientific evidence on the links between periodontal diseases and diabetes: Consensus report and guidelines of the joint workshop on periodontal diseases and diabetes by the International Diabetes Federation and the European Federation of Periodontology. J Clin Periodontol. 2018;45(2):138-149. DOI
- Michalowicz BS, Diehl SR, Gunsolley JC, Sparks BS, Brooks CN, Koertge TE, Califano JV, Burmeister JA, Schenkein HA. Evidence of a substantial genetic basis for risk of adult periodontitis. J Periodontol. 2000;71(11):1699-1707. DOI
- Zheng DX, Kang XN, Wang YX, et al. Periodontal disease and emotional disorders: A meta-analysis. J Clin Periodontol. 2021;48:180-204. DOI
- Tonetti MS, Greenwell H, Kornman KS. Staging and grading of periodontitis: Framework and proposal of a new classification and case definition. J Periodontol. 2018;89 Suppl 1:S159-S172 (publié simultanément dans J Clin Periodontol). DOI
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