Parodontite et maladie d'Alzheimer : une association réelle, des mécanismes étudiés
Plusieurs grandes études, dont deux cohortes publiées en 2026, associent la parodontite à un risque accru de démence et de maladie d'Alzheimer, et la bactérie Porphyromonas gingivalis a été retrouvée dans des cerveaux de patients. Cet article fait le point sur ces résultats et sur ce qu'ils changent, au quotidien, pour un patient ou pour un proche.
En bref
- Les méta-analyses estiment le risque de démence augmenté d'environ 20 % en cas de mauvaise santé parodontale ou de perte dentaire [1] [2].
- En 2026, une étude multicentrique coréenne (six établissements, près de 880 000 personnes) retrouve un risque d'Alzheimer multiplié par 1,6 environ [3].
- La bactérie Porphyromonas gingivalis et ses enzymes (gingipaïnes) ont été retrouvées dans des cerveaux de patients [5].
Ce que montrent les grandes synthèses
La démence désigne un déclin cognitif qui retentit sur l'autonomie ; la maladie d'Alzheimer en est la cause la plus fréquente. Une méta-analyse de 47 études longitudinales (qui suivent des personnes dans le temps) a estimé un risque de démence multiplié par 1,21 (intervalle de confiance à 95 % : 1,07 à 1,38) chez les personnes ayant une mauvaise santé parodontale, et un risque de déclin cognitif multiplié par 1,23 ; les auteurs jugent la qualité globale des preuves faible [1]. Une autre méta-analyse, de 46 études, aboutit à un chiffre voisin pour la démence (risque relatif 1,22) [2].
Une méta-analyse plus récente, limitée à six études, trouve un rapport de cotes de 2,67 entre maladie parodontale et Alzheimer, mais avec une hétérogénéité très forte entre les études (I² = 92 %) : les auteurs eux-mêmes appellent à la prudence [7]. L'ordre de grandeur le plus robuste reste donc une hausse modeste du risque.
Les cohortes récentes, dont l'étude multicentrique de 2026
Étude multicentrique coréenne (2026). À partir des dossiers médicaux électroniques de six établissements de Corée du Sud, des chercheurs ont suivi pendant dix ans 879 804 personnes de 60 ans et plus, dont 19 421 avec un diagnostic de parodontite chronique [3]. Le risque était plus élevé en cas de parodontite pour la démence toutes causes (rapport de risques 1,51 ; IC 1,42–1,60), la maladie d'Alzheimer (1,57 ; 1,45–1,70) et la démence vasculaire (1,60 ; 1,39–1,85). Il l'était plus encore chez les patients ayant subi une chirurgie parodontale ou des extractions, ce que les auteurs lisent comme un lien avec la sévérité [3].
Limites : le diagnostic repose sur des codes administratifs, non sur un examen parodontal standardisé ; le niveau d'études, le tabac ou l'hygiène de vie sont imparfaitement mesurés dans ce type de données ; enfin, une démence débutante peut elle-même dégrader l'hygiène bucco-dentaire (un lien dans l'autre sens).
Étude de Hisayama (Japon, 2026). Dans cette cohorte communautaire de 1 396 personnes de 60 ans et plus, indemnes de démence au départ et suivies dix ans avec un examen parodontal clinique, les participants les plus atteints (saignement gingival, perte d'attache, profondeur des poches) présentaient un risque de démence plus élevé, et un saignement important allait de pair avec un risque d'Alzheimer accru [8]. L'association avec la démence vasculaire n'était pas significative.
Étude ARIC (États-Unis). Dans cette cohorte communautaire, la parodontite sévère était associée à une démence incidente (rapport de risques 1,22 ; IC 1,01–1,47), une association que les auteurs qualifient de modeste ; l'édentement total ne l'était pas de façon significative (1,21 ; 0,99–1,48) [9].
Des résultats qui varient selon les études
Une cohorte de 642 hommes d'Irlande du Nord, examinés sur le plan parodontal en 2001–2003 puis évalués sur le plan cognitif une quinzaine d'années plus tard, n'a montré aucune association entre parodontite sévère et démence ou trouble cognitif léger (rapport de cotes 0,83 ; IC 0,45–1,50) [4]. En revanche, chaque dent conservée allait de pair avec un risque légèrement moindre (0,95 par dent), et les hommes devenus déments présentaient au départ des marqueurs inflammatoires plus élevés [4].
Les études génétiques dites de randomisation mendélienne restent peu concluantes, leurs outils génétiques étant faibles pour la parodontite [10].
Les mécanismes à l'étude

En 2019, une étude publiée dans Science Advances a détecté des gingipaïnes, enzymes produites par Porphyromonas gingivalis, dans la grande majorité des cerveaux de patients Alzheimer analysés, en lien avec les marqueurs de la protéine tau ; de l'ADN de la bactérie a été retrouvé dans le liquide céphalorachidien de 7 patients sur 10 [5]. Chez la souris, une infection buccale par cette bactérie provoquait une colonisation du cerveau et une hausse du peptide amyloïde ; des inhibiteurs de gingipaïnes atténuaient ces effets [5].
D'autres pistes concernent le passage de la bactérie vers le cerveau, que pourrait faciliter une perméabilité accrue des vaisseaux et de la barrière hémato-encéphalique (le filtre entre le sang et le cerveau), et la reprogrammation durable des cellules immunitaires de la moelle osseuse par l'inflammation [11]. Ces travaux restent surtout expérimentaux.
L'essai GAIN : la piste des gingipaïnes
La piste des gingipaïnes a été testée de front. L'essai de phase 2/3 GAIN a inclus 643 patients atteints d'une maladie d'Alzheimer légère à modérée, traités 48 semaines par atuzaginstat (un inhibiteur de gingipaïnes) ou placebo. Il n'a atteint aucun de ses deux critères principaux (cognition et autonomie) [6]. Une analyse dans un sous-groupe porteur d'ADN de P. gingivalis dans la salive suggérait un ralentissement, un résultat qui demande confirmation. Des élévations d'enzymes hépatiques ont conduit la FDA à suspendre le développement, et le programme a été arrêté en 2022 [6].
Et le traitement parodontal ?
Une cohorte américaine a observé moins de démences chez des personnes âgées ayant déclaré un traitement des gencives que chez celles qui n'en avaient pas reçu [12]. Ce résultat d'observation appelle des études complémentaires.
La parodontite se soigne parce qu'elle détruit l'os et les dents, et parce que garder ses dents permet de bien mâcher et de bien se nourrir. Le traitement est décrit sur la page traitement de la parodontite ; il est le même à tout âge, ajusté à l'état général et aux traitements en cours.
Faut-il s'inquiéter, et que faire ?
Lire le chiffre à sa juste mesure. Un risque relatif de 1,2 signifie que, dans ces études, les personnes ayant une mauvaise santé parodontale ont développé une démence environ 20 % plus souvent que les autres [1] [2]. C'est l'augmentation relative d'un risque qui dépend d'abord de l'âge, des antécédents familiaux et de la santé cardiovasculaire ; elle est du même ordre que celle observée pour bien d'autres facteurs de santé courants, et une part peut tenir à des facteurs communs (tabac, diabète, niveau d'études) ou à un lien dans l'autre sens : une démence débutante dégrade l'hygiène bucco-dentaire [1]. Avoir une parodontite ne veut pas dire que l'on développera la maladie d'Alzheimer.
Ce qu'il est raisonnable de faire. D'abord, soigner la parodontite pour elle-même : cesser de perdre de l'os et des dents est un bénéfice certain. Garder ses dents est d'ailleurs associé, dans plusieurs cohortes, à un risque de déclin cognitif plus faible [4]. Ensuite, agir sur les facteurs communs aux gencives et au cerveau dont le bénéfice est établi : arrêt du tabac, équilibre du diabète et de la tension, activité physique, autant de mesures qui relèvent du médecin traitant. Enfin, ne pas acheter de produit « contre la bactérie d'Alzheimer » : aucun bain de bouche ni complément n'a montré d'effet sur le risque de démence (voir bilans et compléments). Le prélèvement bactérien réalisé au cabinet sert, lui, à adapter le traitement des gencives.
Si un proche est atteint de troubles cognitifs. Le brossage devient souvent irrégulier, les séances de soins plus difficiles, et la bouche s'abîme vite. Au cabinet de Levallois-Perret, le Docteur Hazout associe l'entourage ou le soignant à la prise en charge, et le rythme de la maintenance tient compte de ce risque. L'objectif n'est pas de prévenir la démence, mais de garder une bouche saine et des dents fonctionnelles chez une personne fragile.
Pour situer ce lien parmi les autres relations étudiées entre parodontite et maladies générales, la page parodontite et santé générale en donne la vue d'ensemble, avec la même exigence.
Questions fréquentes
Ai-je plus de risque de développer la maladie d'Alzheimer si j'ai une parodontite ?
Les études montrent en moyenne un risque plus élevé, de l'ordre de 20 % dans les méta-analyses et de 1,6 fois dans une grande étude de 2026. Cela ne signifie pas que vous développerez la maladie.
Soigner mes gencives va-t-il me protéger de la démence ?
La question est étudiée. Soigner la parodontite se justifie d'abord pour la santé de la bouche et pour garder ses dents ; garder ses dents est associé, dans plusieurs cohortes, à un risque de déclin cognitif plus faible.
Existe-t-il un médicament contre la bactérie impliquée ?
Un inhibiteur de gingipaïnes, l'atuzaginstat, a été testé dans l'essai GAIN. Il a manqué ses objectifs principaux et son développement a été arrêté.
Faut-il faire un test pour savoir si j'ai P. gingivalis ?
Au cabinet, le Docteur Hazout réalise un prélèvement bactérien dès la première séance : il identifie les bactéries présentes, dont P. gingivalis, et aide à adapter le traitement des gencives et le suivi. Il ne sert pas à prédire une démence.
Une personne atteinte d'Alzheimer peut-elle être traitée ?
Oui. La prise en charge associe souvent un proche ou un soignant, et le rythme de maintenance dépend du risque, notamment quand l'hygiène quotidienne est difficile.
Sources scientifiques (12)
- Asher S, Stephen R, Mäntylä P, Suominen AL, Solomon A. Periodontal health, cognitive decline, and dementia: A systematic review and meta-analysis of longitudinal studies. J Am Geriatr Soc. 2022;70(9):2695-2709. DOI
- Dibello V, Custodero C, Cavalcanti R, et al. Impact of periodontal disease on cognitive disorders, dementia, and depression: a systematic review and meta-analysis. GeroScience. 2024;46:5133-5169. DOI
- Hwang G, Lee SH, Han SW, Yang Y, Lee S, Kim Y, Kim Y, Park RW. Longitudinal association of chronic periodontitis with all-cause dementia, Alzheimer disease, vascular dementia, and mild cognitive impairment: a distributed network analysis. GeroScience. 2026;48:3151-3163. DOI
- Farsi DN, Abadalkareem R, Linden GJ, McKay GJ, McEvoy CT, McAlinden M, et al. Periodontitis and incident cognitive decline and dementia: A 15-year prospective cohort study of older men residing in Northern Ireland. J Alzheimers Dis. 2026;109(2):980-995 (publié en ligne le 12 décembre 2025). DOI
- Dominy SS, Lynch C, Ermini F, Benedyk M, Marczyk A, Konradi A, et al. Porphyromonas gingivalis in Alzheimer's disease brains: Evidence for disease causation and treatment with small-molecule inhibitors. Sci Adv. 2019;5(1):eaau3333. DOI
- Alzforum. Therapeutics – Atuzaginstat (COR388) : essai GAIN, résultats et statut du programme (consulté le 3 octobre 2026). alzforum.org
- Ridho FM, Irmawati A, Wicaksana AP, Alfatah R, Labib R. Alzheimer's disease and periodontal disease: uncovering the association through systematic review and meta-analysis. Rev Clin Esp (Engl Ed). 2026;226(6):502545. DOI
- Furuta M, et al. Periodontal status and the risk of all-cause dementia, Alzheimer's disease and vascular dementia in a community: the Hisayama Study. J Clin Periodontol. 2026 (publication en ligne). doi:10.1111/jcpe.70185. PMID 42604767. DOI
- Demmer RT, Norby FL, Lakshminarayan K, Walker KA, Pankow JS, Folsom AR, et al. Periodontal disease and incident dementia: The Atherosclerosis Risk in Communities Study (ARIC). Neurology. 2020;95(12):e1660-e1671. DOI
- Zhao Y, Zhang C, Chang X, Zhang J, Shu C, Lin C, Hou J. Causal association between periodontitis and systemic diseases: a systematic review and meta-analysis of mendelian randomization studies. BMC Oral Health. 2026;26:383. DOI
- Hajishengallis G, Chavakis T. Local and systemic mechanisms linking periodontal disease and inflammatory comorbidities. Nat Rev Immunol. 2021;21:426-440. DOI
- Qi X, Zhu Z, Wang K, Zheng Y, Li A, Wu B. Association of gum treatment with cognitive decline and dementia risk among older adults with periodontal symptoms: a 12-year prospective cohort study. Neuroepidemiology. 2025;59(4):313-322. DOI
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